Cognacq-jay
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Le musée Cognacq-Jay raconté en 3 œuvres

Installé dans le quartier du Marais depuis 1989, le musée Cognacq-Jay présente la collection d’œuvres d’art du XVIIIème siècle réunies par Ernest Cognacq (1839-1928), un entrepreneur devenu amateur d’art. À découvrir gratuitement tous les jours de l’année !

Musée Cognacq-Jay

Musée Cognacq-Jay. Photo : Pierre Antoine

Ce que raconte le musée Cognacq-Jay, c’est l’histoire d’une collection : celle d’un homme, Ernest Cognacq, créateur et patron de la célèbre Samaritaine, et de sa femme, Marie-Louis Jay, qui l’accompagne dans l’aventure.

Cette collection a été élaborée entre 1885 et 1920 par un couple en pleine réussite sociale : elle témoigne très nettement du goût de l’époque pour les arts raffinés du XVIIIème siècle. Ponctuellement exposée au grand magasin La Samaritaine du Luxe, situé boulevard des Capucines, elle est aujourd’hui présentée, grâce à un legs d’Ernest Cognacq à la Ville de Paris, au musée Cognacq-Jay et est composée de centaines de peintures, de sculptures, de mobilier, d’arts décoratifs et d’objets de vertu.

Le musée est installé dans le bel Hôtel de Donon, dont les murs sont ornés de boiseries achetées par le collectionneur lui-même. L’adresse mérite le détour : la preuve en 3 œuvres qui disent tout de sa qualité.

Le portrait d’un homme d’importance

Portrait Cognacq-Jay

Portrait d'Ernest Cognacq, Jeanne Madeleine Favier (1863- 1904), 1903, musée Cognacq-Jay

Ce portrait, couplé à celui de Marie-Louise Jay, a été réalisé en 1903 par la peintre Jeanne-Magdeleine Favier (1863-1904) dans la pleine tradition des portraits bourgeois – et constitue ainsi une preuve de la réussite et du goût pour l’art d’Ernest Cognacq. Pourtant, l’homme n’est pas né au sein d’une famille privilégiée… C’est même un parfait exemple de ce qu’on appelle aujourd’hui un « self-made man » !

Ernest Cognacq a perdu son père à 12 ans et arrêté tôt ses études pour venir travailler comme vendeur à Paris. Il se fait congédier pour une broutille, ouvre une petite affaire qui échoue, puis une autre – et se marie entre temps avec Marie-Louise Jay, fille d’un maçon et d’une paysanne. De fil en aiguille, guidé par un sens remarquable des affaires, Ernest Cognacq donne naissance au grand magasin de la Samaritaine en réunissant plusieurs boutiques. La fortune est progressive et massive : elle leur ouvre les portes du monde de l’art et de ses connaisseurs, et Ernest Cognacq se prend d’amour pour l’art délicat de la collection, en parallèle de ses nombreuses œuvres philanthropiques (il fonde, entre autres, un orphelinat, un sanatorium, une maison de retraite… et crée le prix Cognacq, décerné aux familles nombreuses).

Dans le champs de l’art, il aime le XVIIIème siècle léger, heureux, raffiné. À la fin de sa vie, il souhaite partager sa passion avec le plus grand nombre, en présentant une sélection de chefs-d’œuvre tirés de sa collection: d’abord sous la forme d’expositions, au sein de la Samarataine du Luxe, puis dans un lieu dédié,  un musée Cognacq-Jay, né de son legs à la Ville de Paris.

Fragonard, peintre emblématique du XVIIIème siècle

Cognacq-Jay Perrette

Perrette et le pot au lait, Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Vers1770, musée Cognacq-Jay

« Perrette là-dessus saute aussi, transportée ; Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée. »

Pourrait-on faire illustration plus délicieuse de la fable Perrette et le pot au lait, écrite en 1678 par La Fontaine ? L’écrivain était très à la mode au XVIIIème siècle, moins pour ces inventions animalières que pour ses fantaisies érotiques – cette toile de Fragonard (1732-1806) en témoigne assurément. Renversée sur le sol, la pauvre Perrette a le jupon tout retroussé. Et dans la détresse du lait qui s’envole et s’éparpille, dans cette « nuée lactée » comme l’explique si bien Annick Lemoine, directrice du musée Cognacq-Jay, il y a toute la virtuosité d’un peintre à la touche libre.

Approchez de la toile, dont le format ovale était très apprécié du XVIIIème, et observez la transparence vaporeuse du lait, qui contraste avec la manche blanche, dense, de Perrette. Et ces deux vilains invités, sur la gauche de la toile, sont le miroir de nous autres spectateurs – ils nous renvoient à notre voyeurisme indiscret !

Parmi les objets de vertu, un pistolet à parfum

Cognacq-Jay Pistolet

Pistolet à parfum, Anonyme, Vers 1790, Or émaillé et perles fines, musée Cognacq-Jay

Le musée Cognacq-Jay ne possède pas moins de 250 objets de vertu, autrement dit de petites boîtes, tabatières et autres choses précieuses dont l’excellence et la finesse ont été portées à leur paroxysme au XVIIIème siècle – et dont l’utilisation s’accordait à tout une chorégraphie de gestes précis, à exécuter en public pour prouver son élégance. « Ce sont des objets que l’on offrait, on pouvait y mettre de minuscules portraits », ajoute Annick Lemoine.

Ce pistolet à parfum a été conçu par un artisan du nom de Jean-François Bautte (1772-1837) et dissimule un mécanisme astucieux : pour se parfumer, il faut « tirer » pour voir sortir du cœur d’une tulipe en or émaillé la pomme du vaporisateur. Cet objet de 12,3 cm de longueur est également fait d’or ciselé et de perles fines, d’émail bleu et rouge rubis, et dissimulait autrefois une montre minuscule. Une merveille, à observer longuement !