Main de Chopin

Moulage de la main de Frédéric Chopin par Jean-Baptiste Clésinger

En 1837, Liszt présente Frédéric Chopin à la romancière. L'art du pianiste polonais la boulverse:"il a fait parler à un seul instrument la langue de l'infini ..." Chez Marie d'Agoult, l'égérie de Liszt, dans le cercle des émigrés polonais, ils se croisent à plusieurs reprises.

"Je l'ai revue trois fois. Elle me regardait profondément dans les yeux, pendant que je jouais. C'était de la musique un peu triste, légendes du Danube; mon coeur dansait
avec elle au pays. Et ses yeux dans mes yeux, yeux sombres, yeux singuliers, que disaient-ils ? Elle s'appuyait au piano et ses regards embrasants m'inondaient."

Ensemble, ils fuient les brumes parisiennes pour Palma de Majorque en novembre 1838. Huit ans durant, ils vont partager leur existence entre Paris et Nohant où, Chopin compose dans la solitude de sa chambre les Préludes, plusieurs Nocturnes, la Sonate funèbre, une Fantaisie, une Polonaise ... Mais "l'ange déguisé en homme", "l'âme exquise des sociétés choisies" est aussi un "écorché vif que le pli d'une feuille de rose, l'ombre d'une mouche faisaient saigner". L'artiste dévoré par son idéal se révèle "désespérant dans l'intimité exclusive", ombragueux, despotique et bientôt "trop malade pour n'être pas réduit à l'amour platonique". Comme à chaque fois qu'elle aime, George Sand s'est jetée tout entière dans la passion maternelle, "saignante comme l'amour inassouvi" ...

C'est peut-être en février 1847, peu de temps avant la rupture des deux amants, que Clésinger exécute le moulage de ce poignet d'une rare finesse, de ces doigts effilés aux ongles larges, presque carrés. Dans la grâce de cette main au frémissement maîtrisé, dans cette douceur virile, rien qui pose ou qui pèse.