Portrait de la marquise de Sévigné

Ce portrait est presque constamment resté dans la descendance de l’épistolière jusqu’en 1937. Son auteur est l’un des meilleurs portraitistes français du XVIIe siècle. On peut lui attribuer une date comprise entre 1662 et 1665. La marquise de Sévigné a donc un peu moins de quarante ans. Elle porte des vêtements de petit deuil, étant veuve depuis l’âge de vingt-cinq ans (on sait que son mari, qui ne l’avait pas rendue heureuse, fut tué dans un duel par le chevalier d’Albret). De cette gamme austère de noirs, de blancs, de gris et de bruns, le peintre a joué avec beaucoup de délicatesse, tout en traduisant la vie par la fraîcheur des carnations et le velouté du regard. La sensibilité de la touche, le naturel de la pose et la magie du clair-obscur contribuent au charme expressif de cette aimable physionomie. L’expression spirituelle et animée que le peintre sut donner à ce portrait rend bien compte de la vivacité d’esprit de la plus illustre des locataires de l’hôtel Carnavalet, épistolière réputée dont les lettres nous ont laissé un tableau brillant et très vivant de la société de son temps, servi par une vigueur et une liberté de style exceptionnelles à l’époque classique.
La gravure réalisée par Pelletier de ce portrait sert de frontispice à la deuxième édition des lettres de Madame de Sévigné, publiée en 1754 par le chevalier Perrin